L’hiver n’est pas seulement une saison froide.

En médecine traditionnelle chinoise, il correspond à une phase naturelle de repli et d’économie énergétique. Le corps ralentit volontairement pour préserver ses réserves profondes, un peu comme la nature qui met ses graines en dormance.

Durant cette période, l’énergie vitale — appelée Qi (l’énergie qui fait fonctionner le corps) — se dirige vers l’intérieur. La chaleur active (Yang) se replie, tandis que l’aspect nourricier et réparateur (Yin) devient dominant.

Le corps s’exprime alors plus subtilement : fatigue inhabituelle, besoin de repos, frilosité, sommeil modifié. Ce ne sont pas des faiblesses, mais souvent des signaux d’adaptation saisonnière.

Selon la tradition chinoise, l’hiver est relié à l’élément Eau et aux Reins, considérés comme les gardiens de l’énergie vitale profonde appelée Jing — que l’on peut comparer à notre capital énergétique de long terme.

Lorsque ce capital est sollicité, l’hiver révèle ce que le reste de l’année masque : baisse de motivation, douleurs anciennes, troubles du sommeil ou sensation de froid intérieur.

Reins, énergie vitale et mémoire : quand l’hiver ralentit le temps

En médecine chinoise, les Reins ne se limitent pas à leur fonction biologique. Ils soutiennent la solidité des os, la vitalité du cerveau et la qualité de la mémoire.

Lorsque le Jing (énergie de réserve) est fragilisé — par l’âge, le stress prolongé, le surmenage ou un manque de récupération — l’hiver agit comme un révélateur. On observe alors plus facilement :

fatigue mentale, mémoire moins fluide

sensation de lourdeur corporelle

frilosité, douleurs lombaires

urines claires et fréquentes

diminution de l’élan vital

Ce tableau n’est pas une maladie en soi. Il devient problématique lorsque la chaleur interne (Yang) est trop faible pour protéger le corps du froid, ou lorsque l’aspect nourricier (Yin) ne parvient plus à stabiliser l’énergie.

Dans ce cas, l’hiver ne crée pas le problème : il le met en lumière.

Le sommeil : miroir silencieux de l’hiver intérieur

Le sommeil est un excellent indicateur de l’équilibre hivernal.

En médecine chinoise, il dépend de trois piliers simples :

un mental apaisé (Shen, l’esprit),

une circulation fluide de l’énergie,

des réserves suffisantes pour réparer le corps.

En hiver, lorsque cet équilibre se fragilise, apparaissent souvent :

difficultés d’endormissement

réveils nocturnes, notamment en seconde partie de nuit

rêves agités ou sommeil non réparateur

Ces troubles reflètent souvent un déséquilibre entre repos et stimulation, accentué par le manque de lumière, l’activité mentale excessive ou une alimentation trop lourde le soir.

Digestion hivernale : préserver la chaleur intérieure

L’hiver sollicite fortement le système digestif, vu en MTC comme le centre de production de l’énergie quotidienne.

La saison appelle à la lenteur et à la chaleur.

Mais les repas copieux, riches et festifs créent facilement des surcharges digestives.

Lorsque ce centre est débordé, on observe fréquemment :

lourdeur après les repas

somnolence, ballonnements

selles molles ou pâteuses

sensation de « ventre froid »

L’objectif n’est pas de se priver, mais d’aider le corps à digérer, en soutenant la chaleur digestive et en évitant l’accumulation d’humidité interne.

Alimentation d’hiver : simple, chaude et rassurante

En hiver, l’alimentation idéale est cuite, tiède et enveloppante.

On privilégie :

cuissons longues et douces

aliments tièdes à chauds

saveurs naturellement douces et légèrement salées

textures réconfortantes

Exemples faciles à intégrer :

céréales bien cuites (riz, millet, avoine)

légumineuses en soupe ou mijotées

légumes racines

graines (sésame noir, courge)

bouillons et potages

Ces choix soutiennent l’énergie, nourrissent le corps en profondeur et favorisent un esprit plus calme.

Gestes simples pour traverser l’hiver

De petits rituels renforcent l’équilibre saisonnier :

bain de pieds chaud le soir

massage doux du bas du dos

respiration lente avant les repas

coucher légèrement plus précoce

réduction des écrans le soir

Ces gestes soutiennent l’axe dos–cœur–repos, favorisent l’ancrage et limitent l’épuisement hivernal.

Traverser l’hiver sans se figer… ni s’épuiser

L’hiver n’est pas une saison à combattre.

C’est un temps de consolidation, où le corps cherche à préserver l’essentiel : énergie vitale, chaleur interne et stabilité émotionnelle.

Lorsque ce rythme est respecté, l’hiver devient un allié discret.

Lorsqu’il est contrarié — froid, stress, surmenage, excès alimentaires — le corps s’exprime autrement.

Très souvent, ce langage apparaît dans le bas du dos.

En médecine chinoise, la région lombaire correspond au territoire des Reins, là où s’exprime la chaleur vitale profonde (appelée Ming Men, la « porte de la vie »).

Lorsque cette chaleur s’affaiblit, ou que le froid et l’humidité s’installent, la douleur lombaire apparaît non comme un accident, mais comme un signal saisonnier.

Le lumbago hivernal n’est donc pas uniquement mécanique.

Il est souvent le reflet d’un hiver intérieur insuffisamment soutenu.

Soutenir l’hiver, c’est aussi éviter que le corps ne se fige.

Catégories : AlimentationMTC

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